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Conférence à l’IPAG du 18 mars 2010 – Florence Noiville

Florence Noiville est diplômée d’HEC (1984), de Sciences-Po et titulaire d’une maîtrise de Droit des affaires. Elle est aujourd’hui journaliste, critique littéraire au Monde et anime l’émission « Le Monde des livres » sur LCI. Elle est aussi l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, dont une biographie du prix Nobel Isaac Bashevis Singer (prix du récit biographique) et un roman  « La Donation ».

Guillaume Bigot, directeur de l’IPAG introduit Florence Noiville. Elle est l’auteur du livre  « J’ai fait HEC et je m’en excuse », qui a défrayé la chronique dans le monde des écoles de Management. Elle a souhaité lancé le débat sur les écoles de management, le contenu des enseignements et leur responsabilité face à la crise.

Florence Noiville décrit son parcours : HEC, Sciences Po, se marie avec un énarque et rentre dans le monde de la finance. Puis au bout de quatre ans, se pose la question de ce qu’elle souhaite réellement faire. Et elle fait un virage à 180 degrés pour devenir journaliste et critique littéraire. Elle cite Robert Schuman, un des fondateurs de l’Europe : « Je commencerai par la culture… », à  propos de la construction européenne. Elle a finit par la culture !

La crise fut le déclencheur pour écrire son livre « J’ai fait HEC et je m’en excuse ».  Il est venu à la suite d’un paradoxe. Au milieu de la crise, en 2009, elle a été appelée par une ancienne HEC pour fêter les 25 ans de la promo. Et là, elle s’est posé la question que va-t-on fêter ? La situation économique est catastrophique, alors que ses amies de promo chez Goldman parlent de résultats excellents.
Pendant ces études, on lui a sans cesse répété qu’ils étaient les leaders de demain, mais elle trouvait que dans la finance elle ne valorisait pas son intelligence. Du moins que le potentiel de l’intelligence  n’était pas au service des bonnes choses. Elle cite, comme exemple, un HEC de sa promo, qui souhaitant remporter un budget de pub important d’un grand groupe de l’industrie alimentaire, allait mettre en avant les vertus alimentaires de ce nouveau produit tout en sachant qu’il était plus gras et sucré que les autres. En faisant des recherches, elle s’est aperçue qu’il y avait trois groupes :

  1. Les personnes pour lesquelles ils n’y avaient pas de problèmes. Ils aimaient ce qu’ils faisaient.
  2. Les Déviants : les personnes qui avaient pris une autre voie que ce pourquoi ils avaient été formés (tout comme elle)… Ainsi dans sa promo d’HEC, on retrouve des psychologues, des journalistes, des médecins, …
  3. Un Magma de personnes pas entièrement satisfaites avec « un pied de côté » ; pour lequel leur travail est surtout une activité alimentaire. Elle a rencontré un banquier d’affaire qui faisait de la traduction littéraire d’arabe. Des personnes qui cherchent à donner un sens à leur vie, à côté de leur travail.

Elle s’est donc posé la question : Est-ce que la crise a eu un impact sur l’enseignement dans les Business Schools, notamment en finance et marketing ?
Certes beaucoup choses ont changé, avec l’apparition de nouveaux cursus, de nouvelles options… Mais beaucoup aujourd’hui ont déjà fermé et les rémunérations proposées en fin de cycle étaient 20 à 30 % inférieurs que les cycles « traditionnels » et surtout la plupart des diplômés revenaient dans le « main stream ».
Dans le ranking des Business Schools du Financials Times, 40% de la note provient du salaire moyen au bout de trois ans d’activité. Les écoles de management ne sont donc pas incitées à ouvrir des cursus alternatifs et encourager le changement !

Florence Noiville a quand même recensé des pistes intéressantes de Social Business, avec notamment :

  • Une Société de micro-crédit ou aucun dividende n’est versé, chaque dollar est réinvestit.
  • Danone Communities. Franck Riboud, le PDG de Danone  a bataillé ferme avec son conseil d’administration pour créer en 2007 Danone Communities. Il s’agit de créer une usine de yaourts au Bangladesh avec pour mission de contribuer au développement local et lutter contre la malnutrition avec l’ajout de complément alimentaire.

Danone Communities, malgré la force de frappe de Danone, beaucoup de communication, l’appui de la Grameen Bank(1) et du Prix Nobel Muhammad Yunus n’arrive pas avoir une activité rentable. Plus de 300 k€ de perte par an pour le moment.
Florence Noiville trouve qu’il y a quand même une note d’espoir face à l’appât du gain, car chaque année des personnes s’engagent dans les ONG ou dans le caritatif.
Comme le dit l’inventeur du micro-crédit, Muhammad  Yunus,  le Social Business reste avant tout du Business, on peut utiliser les mêmes outils mais de façon différente.
Florence Noiville a publié son livre avec un titre provocateur, pour attirer l’attention sur le lien entre la formation des élites et la crise. Elle ne pensait pas qu’il allait susciter autant de débats. Mais elle regrette que la crise ne remette pas davantage en cause la façon d’enseigner dans les Business Schools. Elle n’a néanmoins pas de réponse à apporter… « Mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas la réponse, qu’il ne faut pas poser la question ».

(1):  Grameen Bank – « grameen » signifie village – est une banque spécialisée dans le micro-crédit. Elle a été créée officiellement en 1983 par Muhammad Yunus au Bangladesh (ce qui lui a permis d’obtenir le prix Nobel d’économie en 2006).

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