Blog

Conférence à Sciences Po, Paris le 11 février 2010

Richard Descoings, Directeur de Sciences Po, nous accueille et introduit le thème de la conférence en indiquant qu’en ces temps de crise, la question des investissements internationaux se pose. Faut-il investir ? Quels sont les risques ?

Catherine Bozon, journaliste à Investir Hebdo, présente les différents intervenants de la conférence. Nous assisterons donc aux interventions de Didier Lombard, Président de France Telecom-Orange, de François Heilbronn, Directeur général de Friedrich, Heilbronn & Fischer, cabinet de conseil en stratégie, de Jean-Louis Terrier, Président de Credit Risk International et de Christian Rivet de Sabatier, Directeur des financements et risques export de Renault.

Didier LOMBARD est invité à répondre à la question : Quelles sont les questions que le président d’une entreprise internationale se pose lors de l’analyse d’un nouvel investissement à l’étranger ?

Il indique que France Telecom réalise aujourd’hui plus de 50% de son chiffre d’affaire à l’extérieur de la France. Il est donc capital pour France Telecom d’investir à l’international. Surtout que la croissance est difficile dans les pays développés, tout juste 1 à 2 %… Il faut faire toujours plus, pour moins cher ! Le régulateur demande plus de débit, de couverture, de service tout en diminuant les prix. Il y a des arbitrages à réaliser. France Telecom n’intervient pas dans les marchés qui sont dominés par d’autres opérateurs, tel que l’Amérique du Sud  avec les espagnols de Telefonica, les États-Unis avec Deutsche Telekom. En revanche, France Telecom est présent en Europe Centrale, en Afrique et au Moyen Orient.

Avant de partir sur un nouveau marché, Didier Lombard indique qu’il regarde quelles sont les lois en place, la concurrence installée, d’où ils viennent, qui les détient et bien sur la règlementation vis-à-vis des telecoms. Les investissements sont lourds et lorsque France Telecom rentre dans un nouveau pays, il devient souvent le premier employeur et le premier contribuable. Une attention particulière est donc mise sur la fiscalité locale, mais aussi sur les pratiques… France Telecom a été déjà été soumis à une taxe exceptionnelle contre la sécheresse !

Quel investissement faire ?

Didier Lombard préfère les mises aux enchères de licence, car tout est à construire. On part d’une feuille blanche. Ainsi en Égypte, un nouvel opérateur a été créé. Il faut se méfier des rachats d’acteur mis en place par un pays. Ils sont souvent très chers et il y a une bulle spéculative… Il est difficile de créer de la valeur. Sinon on peut rechercher des actifs, des opérateurs historiques. France Telecom apporte sa valeur aux opérateurs dont la partie fixe ne fonctionne pas.

France Telecom investit beaucoup dans les câbles pour relier l’Afrique et l’Europe, là où sont produits les contenus. Pour l’instant cela n’est pas rentable, mais à terme France Telecom aura le monopole sur les communications Afrique / Europe et là nous pourrons imposer nos tarifs…

Ce qu’il faut garder en tête c’est la production de valeur. France Telecom doit trouver des actifs où on peut apporter de la valeur ajoutée. C’est pourquoi on fait des clusters, des plaques pour rationnaliser les investissements. Les investissements sont ainsi mutualisés sur plusieurs pays. Ne pas oublier que les usages ne sont pas les mêmes partout. Au Moyen Orient, les abonnés n’envoient pas de sms et il y a peu de chance que cela se développe à cause de leur alphabet… En revanche, ils sont friands de voice-mail. France Telecom a donc mis un centre de R&D au Caire sur cette technologie.

Lorsque nous investissons, c’est pour du long terme, au moins 30 ans. Il faut donc prévoir le coût initial et à long terme.

Dans un pays développés, seuls les premiers opérateurs gagnent leur vie, le troisième survit difficilement et les suivants ne gagnent rien… C’est pourquoi, nous avons fusionné avec les allemands en Angleterre. Le marché était complètement saturé… A terme ce sont les abonnés qui sont gagnants avec une meilleure qualité de réseau. En Suisse, nous avons formé un duopole, ce qui est particulièrement intéressant.

Puis, François Heilbronn intervient sur les outils d’analyse pour le développement international d’une entreprise.  Il commence son exposé en indiquant qu’il y a des métiers qui sont par essence à vocation internationale, tel que Boeing, Airbus et d’autres à vocation nationale, tel que les cafés Richard, qui demande une forte logistique locale. Il est donc intéressant de se poser la question : l’aventure internationale est elle stratégique ? Il s’appuie sur la matrice du Boston Consulting Group pour y répondre :

Matrice BCG

Ainsi, les café Richard sont une activité dit « Collier de perle ». Une part importante des coûts est locale : logistique, vente, image, … L’important est la part de marché local.

Les activités dit d’intégration ont des coûts locaux et mondiaux et ont donc intérêt à amortir leurs coûts sur la taille globale. La compétitivité dans chaque pays dépend à la fois de la position locale et de la position mondiale.

C’est au tour de Jean-Louis Terrier, Président de Credit Risk International, d’intervenir sur les risques et leurs évaluations. Il commence par indiquer qu’aujourd’hui 74% des investissements réalisés dans le monde se font entre opérateurs privés. Or les agences de Rating évaluent le risque souverain ! Elles ne sont donc d’aucune utilité. Chaque situation est spécifique et il faudra agir en conséquence. On ne va pas chercher à déterminer la probabilité qu’un risque arrive mais indiquer que c’est un facteur plausible. Soit on assume le risque, soit on assure le risque.

C’est maintenant au tour de Christian Rivet de Sabatier, Directeur des financements et risques export à la direction financière de Renault de s’exprimer sur l’expérience de Renault sur l’évaluation des risques.

Il rappelle que l’essentiel est la création de valeur pour l’actionnaire. Les actionnaires vont regarder si c’est l’investissement est utile vis-à-vis de la stratégie et s’il est rentable. D’où la question comment évaluer le risque ?

Premièrement, par la pertinence des données…

Deuxièmement par l’accueil du projet d’investissement localement. Par exemple les aides fiscales pour l’investissement… La législation : l’Inde a modifié sa législation sur la longueur des véhicules.

Troisièmement par le niveau d’éducation, pour l’assimilation des technologies.

Didier Lombard reprend le micro pour conclure sur les risques d’investissements dans les pays émergents. Il indique qu’il est nécessaire de faire des calculs, des tableaux de bord, mais il y a un aspect intuitif ! Il y a une réflexion à mener, puis une décision à prendre.

Dans les pays émergents les risques sont importants et la probabilité que cela n’arrive pas est nulle. Ainsi au Liban, France Telecom a tout simplement été exproprié par le gouvernement. Il a fallu batailler auprès des instances internationales pour obtenir gain de cause. D’ailleurs suite au jugement, France Telecom devait recevoir des indemnités mirifiques… Mais il ne faut pas croire que nous les avons touchées… Cela a servi de base pour des négociations qui ont encore duré  4 ans. Finalement les dédommagements obtenus ont pu combler les investissements réalisés, mais France Telecom s’est fait sortir du Liban. Et aujourd’hui le Liban revient à la porte de France Telecom, car le réseau ne fonctionne pas… Mais je ne suis pas mûr pour y retourner.

Autre déconvenue, la Chine. Les Chinois ont privé France Telecom de leur actif, car leur constitution précisait qu’aucun étranger ne pouvait détenir d’entreprise, même une part minoritaire. France Telecom a été indemnisé rubis sur l’ongle. C’était il y a 15 ans, mais aujourd’hui, China Mobile est devenu le premier opérateur avec 400 millions d’abonnés ! Vous imaginez si France Telecom était resté… Ce n’est plus du tout les mêmes perspectives. Pour information, les chinois vont tout écraser, ils ont gagné la bataille de l’intelligence.

Il y a toujours un problème.

Dernièrement le Sénégal avait besoin de liquidités et donc décide de vendre une partie des parts de l’opérateur détenu avec France Telecom, Solatel. L’état sénégalais sollicite France Telecom, qui s’empresse d’accepter. Or une cabale est montée, pour dénoncer les affreux capitalistes étrangers qui s’emparent d’un bijou national. Il a fallu faire machine arrière. Il faut adopter un raisonnement local, il faut penser local avant tout…

Il ressort de ces interventions qu’il est difficile de définir et d’évaluer les risques encourus lors d’investissements à l’international. Les problèmes rencontrés ne seront jamais les mêmes. Néanmoins, tous les intervenants sont d’accords pour dire que l’aventure ne peut se faire sans l’appui d’un partenaire local. Pour conclure, comme le dit Didier Lombard, ce n’est pas un long fleuve tranquille…

Téléchargez l'article au format pdf
Téléchargez l’article au format pdf

Pas de commentaires

Post a Comment