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En 1515, dans l’Ile bienheureuse Utopie, Thomas More, membre du ConseiThomase MORE, saint patron des hommes politiquesl Privé du roi Henri VIII, décrit une société idéale où tout appartient à tout le monde. Par exemple on change de maison tous les dix ans par tirage au sort. Les portes de ces maisons n’ont pas de serrure. Rien n’appartient à personne, tout appartient à tout le monde, et donc tout le monde est riche. Pour exercer professionnellement, chacun apprend au moins deux métiers : un métier rural et un métier urbain. La journée de travail est de 6 heures. Bien que l’on ait la possibilité de prendre ses repas à son domicile, les travailleurs prennent leurs repas collectivement. Ces repas sont bons et agrémentés de musique. Le temps libre est consacré volontairement à étudier. La cité est administrée par des fonctionnaires élus au suffrage direct. La nourriture est stockée dans des réserves publiques et chacun se ravitaille librement et gratuitement. La disette n’existe pas du fait du bon fonctionnement de la société et la peur de la pénurie non plus. Thomas More est reconnu comme un précurseur du socialisme. Son nom figure sur un monument près du Kremlin. Il s’oppose au pouvoir absolu assis sur la misère du peuple. Il s’opposera également à son roi refusant de reconnaitre le pouvoir religieux qu’Henri VIII s’était arrogé. Cette position lui coûtera la vie. Son Utopie nous rappelle sous certains aspects les sociétés communistes du XXème siècle qui ont tenté de mettre en pratique sa vision et ont prétendu parfois l’avoir réalisée. Dans un premier temps, les aspects de cette mise en pratique seront développés. Dans un deuxième temps, trois paradoxes seront mis en évidence. Dans un troisième temps, les causes de l’échec seront examinées.

A partir des années 20, l’URSS a tenté de mettre en œuvre une société collectiviste où la propriété était abolie. Dans les années 50, 60 et 70, ce fut le tour des pays du « bloc de l’est », de la Chine, de la Corée du Nord, de Cuba et du Viet Nam… De grandes organisations collectivistes sont mises en place, comme les Kolkhozes en Russie. Les habitations sont collectives. Les repas y sont pris en commun. L’économie est planifiée. Politiquement, il y a une importance accordée à la culture et à la connaissance. Elle doit être accessible à tous. Ce sont là les mesures prises et l’esprit prôné. Le problème, qui survient très rapidement, est que l’utopie n’existe que dans la propagande de ces régimes. Elle affirme, et c’est la vision utopiste de Thomas More, qu’il n’y a plus de disette, que l’abondance règne, que les gens sont heureux, qu’ils ont du temps libre à consacrer à l’étude ou à la musique. En réalité, pour le plus grand nombre, ce ne sera toujours que de la propagande. C’est-à-dire un ensemble d’actions psychologiques effectuées par une institution ou une organisation déterminant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d’une certaine manière[1]. La réalité est tout autre. La Chine a essayé toutes les voies utopistes et collectivistes possibles pour développer son économie. La dernière et la plus terrible, est le « Grand Bond En Avant » à la fin des années 50. « Dépasser la Grande Bretagne en quinze ans »[2]. Collectivisation de la vie, avec par exemple la fusion des coopératives pour créer des communes populaires rassemblant 2000, voire 7000 foyers. Les seuls biens individuels qui demeurent sont le petit bétail, les objets personnels, la basse cour, mais le lopin privé disparait. Les objectifs sont ambitieux. Les cantines collectives voient manger près de 400 personnes ensemble. Il s’agit de produire de l’acier dans les villages sans savoir-faire, ni technologie. L’échec a été terrible et a coûté des centaines de millions de morts. La richesse et le pouvoir sont accaparés par les membres du Parti Communiste voire un individu, un leader. Dans d’autres pays communistes, ce sera un individu et sa famille (Corée du Nord, Roumanie, …). D’une part, il n’y a pas création de richesse, parfois c’est même le contraire. D’autre part, le pouvoir est concentré entre les mains d’un dictateur et de sa famille, le pouvoir absolu que dénonçait Thomas More. Ainsi, la dictature d’un Henri VIII, imposant un schisme à l’Eglise Anglicane pour pouvoir se remarier, est à mettre en parallèle avec les comportements de Staline, de Kim Il Sung ou de Kim Jong Il. Leur domination est assise sur la misère du peuple. Si certaines personnes se voient confiées des métiers ruraux, c’est contre leur gré et à des fins de rééducation….Des intellectuels et des travailleurs dans les pays occidentaux se laisseront prendre à cette propagande. Ils s’éloigneront du Parti Communiste au fur et à mesure de la progression, parfois douloureuse, de leur lucidité… En témoignent la chute constante du vote communiste et la disparition pure et simple du parti communiste dans certains pays comme en l’Italie. L’utopie de Thomas More n’a donc pas été appliquée dans sa totalité, son intention et l’intégralité de ses principes, mais à des fins de propagande et de manipulation pour maintenir au pouvoir une élite organisée autour d’un dictateur.

Toutefois, trois paradoxes peuvent être mis en évidence. Le premier paradoxe est le succès insolent de la Chine Communiste, et dans une moindre mesure celui du Viet Nam. Contrairement à la plupart des pays cités, la Chine a su rester communiste et contribuer à l’amélioration du niveau de vie de ses habitants tout en gardant son organisation politique générale, comme le centralisme démocratique, le parti communiste unique, les unités de travail… Le non respect des droits de l’Homme est patent mais force est de constater que le niveau de vie général s’est amélioré et que cela va continuer. Le deuxième paradoxe est que nos sociétés « libérales » ont su mettre en pratique, par elles-mêmes, certains principes proposés par Thomas More. Par exemple, de nombreux fonctionnaires sont élus aux Etats-Unis, en particulier dans les fonctions policières et judiciaires. La journée de 6 heures est presque une réalité en Europe où la durée du travail est inférieure à 40 heures. En France, il est possible d’étudier ou d’apprendre pour un coût relativement modique voire nul, durant les heures de travail et moyennant rémunération. Enfin, le troisième paradoxe, le pouvoir absolu n’existe plus dans ces sociétés occidentales. En France, le dernier détenteur d’un pouvoir absolu, au sens où Thomas More pouvait l’entendre, pourrait être Napoléon III. Il s’était fait élire Empereur des Français. Aux Etats-Unis, il n’y en a jamais eu de pouvoir absolu. En Allemagne, nous avons Hitler qui a disparu il y a maintenant plus de 65 ans… Tout se passe comme si l’utopie de Thomas More, sous certains aspects, s’était réalisée dans nos pays plus que dans les pays socialistes.

Abordons maintenant les causes de l’échec dans les pays communistes? Il est avant tout économique et a entrainé des conséquences désastreuses pour la population. A l’exception de la Chine aujourd’hui, aucun pays communiste n’a pu rivaliser sur ce plan avec les pays « capitalistes ». Tous se sont effondrés économiquement puis politiquement à l’exception de la Chine, du Viet Nam, de la Corée du Nord et de Cuba. Ces deux derniers pays, très pauvres, sont au bord de l’implosion… Après la révolution culturelle, Deng Xiao Ping, ex déporté à la campagne, se voit offrir le pouvoir et libère véritablement les énergies sur le plan économique. La propriété est rétablie. Voilà un principe prôné par Thomas More qui parait irréaliste ou, tout au moins, qui n’a jamais été réalisé de manière satisfaisante. A partir des années 80, la Chine devient « l’usine de la planète ». Psychologiquement, Deng Xiao Ping a également laissé la place à l’initiative, l’enrichissement personnel et les échanges commerciaux. Il a permis à la motivation de se développer sur la base d’un sentiment d’appartenance. Sur un plan politique, le pouvoir est resté concentré entre les mains du Parti Communiste, mais n’a pas été confisqué par un seul homme et sa famille. Il apparait qu’il y a une élite au pouvoir mais c’est loin d’être une famille. Tous les pays qui sont devenus des dictatures personnelles comme la Corée du Nord et Cuba connaissent une stagnation économique parfois dramatique. La Russie et les autre pays composant l’URSS ont rétabli le système capitaliste avec plus ou moins de réussite. Globalement, la sécurité intérieure des biens et des personnes n’y est pas suffisamment assurée. La corruption est courante. En Chine, elle est ouvertement et sévèrement combattue. Des membres du Parti sont condamnés à mort. L’erreur des thuriféraires du communisme est une vision trop intellectuelle et idéalisée de l’Homme et insuffisamment pragmatique. Le besoin vital de territoire de l’Homme n’a pas été suffisamment pris en compte. De ce fait, pour le plus grand  nombre, il n’y a pas de réelle motivation collective à organiser et à développer le pays et, pour un homme, le leader et ses proches, la tentation est trop grande de ne pas s’accaparer tout le pouvoir et la richesse.

Pour conclure, Thomas More aurait sans doute apprécié la bonne volonté des gouvernements décidés à réaliser son rêve de suppression de la propriété privée, de bonheur partagé et d’abolition de l’absolutisme. Il reste beaucoup à faire en Chine pour qu’elle devienne le pays dont il rêvait. C’est peut être en Europe Occidentale, en France ou en Allemagne, que la réalisation de l’utopie est la plus aboutie. Durée du travail relativement faible. Possibilité d’étudier. Pas de pénurie. Musique accessible. Niveau de corruption faible. Sécurité des biens et des personnes… Thomas More semble avoir raison en ce qui concerne l’abolition de la dictature personnelle. Son intégrité et son refus de la corruption, même initiée par le monarque, ce qui lui coutera la vie, sont aussi des principes dont l’application semblent profitables aux organisations. En revanche, le principe de l’abolition de la propriété n’a jamais permis la croissance et le développement de l’économie. L’Homme a besoin du sentiment d’appartenance et du territoire pour se développer, développer et s’épanouir sur son territoire. Malheureusement, ce développement économique se fait dans un contexte de fortes inégalités. La méthode qui permettra de réaliser l’utopie de Thomas More reste donc à inventer.

[1] : http://fr.wikipedia.org/wiki/Propagande

[2] : J. Bellassen – La Chine Un nouveau communisme 1949 – 1976 –Tome 4 – Hatier


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